World Trade Center

11 septembre 2001, que faisiez-vous ce jour-là ?

Vous souvenez-vous précisément de votre journée du 2 avril 1998 ? De votre 16 juin 2006 ? Et du 27 octobre 2011 ? Probablement pas, à moins que ces journées aient été marquées par un événement qui a fait date. Pour le reste, nos années tombent dans l’oubli, la routine écrasant nos souvenirs. Mais le 11 septembre 2001, nous nous souvenons exactement de ce que nous avons fait. On pourrait refaire le film de la journée et de cette soirée, de ces heures entre téléphone (pour partager l’information et l’émotion) et télévision. Les psychologues appellent « hypermnésie » cette faculté que nous avons de mémoriser précisément les moments forts de nos vies.

Treize ans et trois jours après, cet événement peut encore sembler irréel. Et pourtant, on trouvait chez Orson Welles, Tom Clancy et la filmographie hollywoodienne les origines imaginaires du 11 septembre. Mais ce jour-là, la réalité a outrepassé toutes les fictions. Car il semblait inconcevable que des avions de ligne détournés par des terroristes percutent de manière quasi-synchrone les tours du World Trade Center, c’était impensable, et pourtant… Si nous nous penchons sur la manière dont nous avons reçu le 11 septembre, on se souviendra que nous fumes nombreux à ne d’abord pas y croire, entre sidération et incrédulité.

En ce sens, on pourrait parler de « syndrome de la Guerre des Mondes inversé ». Le 30 octobre 1937, Orson Welles signait une adaptation radiophonique du roman de H.-G. Wells, La Guerre des mondes. Cette émission radiophonique célèbre, où il était question d’invasion martienne, avait suscité une vaste panique. Car au prix d’un crescendo dramatique sur fond de flashes d’information fictifs, de cris d’horreur et de bruitages, Welles fit tant et si bien les policiers (à défaut des Martiens) débarquèrent dans les studios new-yorkais de la CBS. Similitudes troublantes avec le 11 septembre : New York, un danger venu du ciel, aussi, et des milliers de personnes courant affolées dans les rues. Mais « toute ressemblance avec une situation connue serait purement fortuite… ». Outre-Atlantique, la Guerre des Mondes reste bien ancrée dans un imaginaire amateur de ces mômeries qui parlent au grand enfant sommeillant dans chaque Américain, en lui disant que le monde est merveilleux et dangereux à la fois. Mais l’imagination, romanesque ou cinématographique, ouvre souvent la voie à la réalité.

Pourquoi nombre de personnes n’ont pas cru d’emblée aux attentats du 11 septembre 2001 ? A cause du caractère complètement incroyable de ces attaques et de la folle audace des terroristes. Mais surtout, le « 11 septembre » nous a semblé invraisemblable car l’imaginaire collectif occidental est saturé par des images hollywoodiennes faisant du catastrophisme leur fonds de commerce. Nous avons tous en tête les bandes-annonces de La Tour infernale, du Day after, d’Independance day, d’Apocalypse now ou de The Day after. Et beaucoup de personnes ont spontanément fait référence à ces scénarios-catastrophes en apprenant le « 11 septembre «  puis en voyant les images des avions fous entrant dans les tours. Ce n’était pas un film, mais la réalité, ce que l’on appelle « le retour du réel ». Quinze ans plus tard, les abjectes horreurs terroristes, mises en scène par des barbares, déferlent sur la Toile et nos écrans au quotidien. La réalité a chassé la fiction, et le cauchemar devient réalité.

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